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samedi 25 avril 2009

Psychologie: discrimination lors de la sélection de CV

Comme vous le savez peut-être, je m'intéresse aux relations intergroupes (domaine qui relève de la psychologie sociale), et donc aux stéréotypes, aux préjugés et à la discrimination. Comme vous le savez peut-être aussi, j'ai commencé une thèse d'honneur en psychologie du travail. Et j'ai trouvé non pas un, mais bien deux articles qui traitent du lien entre les deux: la discrimination en milieu de travail.

Les deux articles traitent de la discrimination lorsqu'un employé doit sélectionner un CV. Évidemment, c'est illégal de discriminer sur la base de la race/religion/etc. lors d'une embauche; mais ces articles démontrent bien que sans le vouloir, personne n'est à l'abri.

Le paradigme de recherche

Dans les deux études, les chercheurs s'y sont pris de la même façon. Dans les deux cas, il s'agit d'études en laboratoire, et non pas sur le terrain. Dans ces cas-là, ce sont généralement des étudiants au baccalauréat qui participent à l'expérience (pas dans le cas de l'étude #1 traitée ici toutefois; voir plus bas).

Le principe est simple: on présente sur papier des candidatures, lesquelles diffèrent d'un participant à l'autre seulement sur l'aspect dont nous voulons évaluer l'impact. Par exemple, on offre à tous les participants 2 candidatures, l'employé A et l'employé B, mais à certains participants l'employé A est Noir alors que le B est blanc, alors que c'est l'inverse pour l'autre moitié des participants. La tâche des participants est d'évaluer la qualité des candidatures proposées, et de sélectionner l'employé à engager. Dans ce cas-ci, il s'agit de regarder s'il y a une différence entre la sélection des participants des 2 groupes.

S'il y a plus de deux candidatures, on peut fournir à tous les participants les mêmes candidatures. Exemple, on demande de choisir parmi 4 employés, 2 Noirs et 2 Blancs, parmi lesquels 1 Blanc et 1 Noir sont qualifiés pour l'emploi, alors qu'un Blanc et qu'un Noir sont plus ou moins qualifiés. Ici, il suffit simplement de regarder le % de Noirs (ou de Blancs) choisis à travers les participants, par exemple.

Les processus organisationnels: l'engagement organisationnel (étude #1)

L'engagement organisationnel, c'est le niveau d'identification de l'employé à son organisation, son degré d'attachement à l'organisation, son niveau d'internalisation des valeurs et objectifs de l'entreprise, etc. L'engagement organisationnel a des conséquences très positives (augmentation de la productivité, satisfaction au travail, etc.), mais comme nous le verrons, il peut mener à la discrimination.

L'étude #1 a été réalisée en Allemagne. La discrimination ici prend une forme moins officielle, et pas du tout légiférée. Ce n'est donc pas de choisir des employés Noirs versus Blancs, mais bien des employés qui viennent de l'Allemagne de l'Est versus de l'Allemagne de l'Ouest. (Sans entrer dans les détails, l'Allemagne n'est unie que depuis 1990, et la distinction est encore apparemment très présente).

On donnait donc à des enseignants de niveau secondaire, qui provenaient de l'Allemagne de l'Est, 8 candidatures: 4 enseignants qui viennent de l'Allemagne de l'Est, 4 de l'Allemagne de l'Ouest. Dans chaque catégorie, une moitié est qualifiée, l'autre peu. La tâche des enseignants était de sélectionner les 3 prochains enseignants (sur les 8 candidatures) qui seraient embauchés dans leur école.

Voici où ça devient intéressant: pour la moitié des enseignants, on disait explicitement que leur école était majoritairement constituée d'enseignants qui proviennent de l'Allemagne de l'Est, et que les élèves sont de l'Allemagne de l'Est. On ajoutait que dans cette optique, il serait préférable d'engager un enseignant qui vient lui aussi de l'Allemagne de l'Est, de telle sorte que la bonne harmonie au sein des employés de l'école soit conservée, de même qu'un appariement enseignant-élèves soit optimal. À l'autre moitié de participants, on ne donnait pas de consigne particulière. (Il est à noter que ces raisons paraissent légitimes, quoique peu éthiques -- et illégales s'il s'était agi d'employés Noirs versus Blancs).

De plus, on mesurait l'engagement organisationnel des enseignants qu'ils éprouvent envers leur école.

Résultats:
  • Si on ne donne aucune consigne, aucune discrimination n'avait lieu (quoique un peu plus d'enseignants de l'Allemagne de l'Est étaient sélectionnés);
  • Si on donnait comme consigne (légitime) de discriminer, seuls les employés s'identifiant fortement à leur école l'ont fait.
Les auteurs concluent en disant que l'engagement organisationnel n'a pas que des conséquences positives: il peut pousser à discriminer (du moins lors de la sélection de CV), si l'entreprise en donne l'ordre sous une forme légitime!

Les processus individuels: biais proendogroupe, shifting standards et estime de soi (étude #2)

L'étude #2 a lieu aussi en laboratoire, mais cette fois non pas avec de vrais enseignants, mais avec des étudiants au baccalauréat. Les étudiants étaient recrutés sur la base de leur race (Blancs ou Noirs). On leur donnait à chacun 2 candidatures, de 2 étudiants qui voulaient travailler avec le chercheur. Celui-ci a dit aux participants qu'il voulait étudier les processus de prise de décision en même temps qu'il laisserait le choix de l'étudiant à engager aux participants.

Évidemment, les 2 candidatures différaient grosso modo seulement sur la race: un était Blanc, l'autre était Noir. Toutefois, voici l'astuce: les 2 candidats (i.e., le Noir et le Blanc) étaient tous les deux autant qualifiés, seulement qu'ils ne l'étaient tous deux que très peu! On voulait voir comment les participants allaient évaluer chacun des candidats, et lequel ils allaient ultimement choisir d'embaucher. L'évaluation générale de la candidature n'a aucun impact sur le choix final.

On voulait voir de quelle façon le biais proendogroupe allait opérer dans ce cas-là. Le biais proendogroupe, c'est la tendance à attribuer de meilleures qualités aux membres de notre propre groupe, à penser que nous sommes meilleurs donc. Ainsi, les participants blancs devraient évaluer les candidats blancs et les choisir plus souvent, alors que ce devrait être l'inverse pour les participants noirs.

Résultats:
  • Évaluation: les Noirs et les Blancs ont évalué les candidats noirs plus positivement;
  • Sélection: les Blancs et les Noirs ont sélectionné beaucoup plus souvent le candidat blanc
Explications:

Les résultats sont relativement contre-intuitifs, étant donné que le biais proendogroupe se retrouve chez tout le monde, et surtout, qu'il est très difficile à enrayer (ça a été largement démontré). Ainsi, lorsque les participants évaluaient les candidats, c'est-à-dire sans que leur opinion des candidats n'influe sur un quelconque choix, les Noirs ont fait preuve d'un biais proendogroupe, ce qui est correct.

Mais pourquoi les Blancs ont-ils aussi évalué les Noirs plus positivement? Les auteurs arguent qu'il s'agit là d'un shifting standards. Ainsi, puisque les 2 candidats ne sont que très peu qualifiés, le candidat Blanc semble de fait très peu qualifié pour l'emploi. Par contre, à cause du stéréotype voulant que les Noirs sont peu ambitieux, veulent peu travailler, etc., un Noir qui affiche ces caractéristiques n'est pas si mal évalué que ça -- il n'est que bien normal! C'est pourquoi les Blancs ont évalué plus positivement le candidat noir: ils comparaient le Blanc avec les Blancs en général, et le Noir avec leur idée du Noir typique. Ils n'utilisaient pas le même standard de comparaison (ils ont fait un shifting standards).

Puis, pour la sélection finale, nous remarquons que tant les participants Blancs que Noirs ont choisi beaucoup plus souvent le candidat blanc. Il s'agit là du biais proendogroupe typique de la part des Blancs; mais pourquoi les Noirs n'ont-ils pas choisi le Noir, surtout qu'ils ont évalué sa candidature plus positivement?

C'est là que l'estime de soi entre en jeu. Les auteurs avancent que des employés provenant de groupes mal perçus (par exemple, les Noirs), vont tenter de ne pas confirmer des stéréotypes négatifs par rapport à leur groupe. Par exemple, s'ils engagent un Noir peu qualifié, il a plus de chance d'échouer à l'emploi, et de fait, confirmer le stéréotype négatif selon lequel les Noirs sont peu travaillants. Ceci aurait pour effet de diminuer l'estime personnelle et l'estime du groupe de celui qui choisit les candidatures; il préfère donc éviter ce risque et va à l'encontre du biais proendogroupe!

Conclusion

Nous avons donc vu que plusieurs facteurs, organisationnels et personnels, peuvent pousser un employeur à discriminer lors de l'embauche:
  • un fort engagement organisationnel jumelé à la requête (relativement légitime) de discriminer mènent à l'obéissance à la requête, et de ce fait, à la discrimination;
  • un employeur faisant partie d'un groupe marginalisé discrimine à l'encontre de son propre groupe lorsqu'il a le choix entre plusieurs employés plus ou moins qualifiés, pour éviter de confirmer un stéréotype négatif et ainsi diminuer son estime personnelle.
Il est à noter que cette dernière constatation, quelqu'un qui va à l'encontre de son groupe, est très intéressante. Tel que mentionné plus haut, le biais proendogroupe est universel, apparaît très facilement et pour un rien, et surtout, est extrêmement résistant. La dernière étude montre donc une situation dans laquelle le biais proendogroupe fait défaut. L'explication toutefois ne s'applique certainement pas à toutes les situations. À celle-ci j'aimerais ajouter l'hypothèse suivante: les stéréotypes sont plus forts que le biais proendogroupe, du moins dans certaines situations.

En effet, il a été largement démontré que tout le monde est influencé par les stéréotypes, qu'on y adhère ou pas; et en plus, que cette influence peut surpasser le biais proendogroupe. Par exemple, lorsqu'on doit associer rapidement une figure de personne noire à la catégorie "bon", tant les Blancs que les Noirs prennent plus de temps que lorsque la tâche est d'associer une figure noire à la catégorie "mauvais". Alors que pour les Blancs, stéréotypes et biais proendogroupe vont dans le même sens, le scénario est différent pour les Noirs, et pas pour le mieux.

mercredi 25 mars 2009

Psychologie: conditionnement classique, surdose et psychoneuroimmunologie

Quel est donc le lien qui unit le conditionnement classique, la surdose (overdose, d'héroïne notamment), et la psychoneurimmunologie?

Conditionnement classique

Je me ferai bref sur cette question, parce que c'est simple à comprendre, et parce que c'est très connu. Ça doit être à la première chose que les gens pensent quand on leur parle de psychologie... ça ou bien le développement du soi, mais en tout cas. (ENHANCE YOUR PENIS SIZE AND YOUR SELF)

Le conditionnement classique, c'est quand on associe un stimulus (inconditionnel) qui déclenche une réponse innée à un stimulus neutre (qui ne déclenche aucune réponse particulière), de telle sorte que le stimulus neutre finit lui aussi par provoquer la réponse innée, sans avoir à présenter le stimulus inconditionnel.

exemple: on vous souffle dans l'oeil, vous clignez de l'oeil. Mais à chaque fois qu'on s'en vient pour vous souffler dans l'oeil, juste avant, on fait brasser une petite clochette (ce son = stimulus neutre au départ). Tout de suite après avoir fait jouer la clochette, on vous souffle dans l'oeil. À la longue, vous allez cligner de l'oeil au son de la clochette avant même qu'on vous ait soufflé dans l'oeil.

Psychoneuroimmunologie

À ce que je sache, la psychoneuroimmunologie s'intéresse à l'impact du conditionnement classique sur la réponse immunitaire. Par exemple, on injecte un médicament à des rats; le corps des rats produit des anticorps, ce qui est excellent pour leur santé (vous l'aurez deviné). À chaque fois qu'on leur injecte le médicament, leur corps produit des anticorps -- c'est normal, c'est leur réponse innée, et ils n'ont aucun contrôle là-dessus. Par contre, après avoir fait ça par exemple 10 fois, la 11ième fois si on les repique mais qu'on leur injecte seulement de l'eau saline, leur corps va quand même produire les anticorps! C'est ce qui arrive quand quelqu'un entre dans un hôpital: tout de suite, le corps réagit différemment, il se met à produire plus d'anticorps, etc.

Le satané lien avec la surdose

Un phénomène similaire à celui des anticorps sous le contrôle d'une piqûre -- peu importe son contenu -- est celui de la surdose à l'héroïne. Dans la majorité des cas, ceux qui font une surdose (qui survivent ou pas) la font après s'être piqués à l'héroïne dans un endroit inhabituel. Par exemple, ils se piquent tout le temps chez eux, et on les retrouve mort dans une toilette de restaurant parce qu'ils n'ont pas pu attendre d'être entrés chez eux. Pourquoi?

Le conditionnement classique serait à la base de la tolérance à l'héroïne. Au début, quand les doses sont encore petites, le corps réagit à l'héroïne après avoir reçu celle-ci. Au fil du temps, les signaux environnementaux (par exemple, 8h du soir, dans le salon, sur le divan, etc.) avertissent le corps des effets de l'héroïne qui s'en viennent; celui-ci se défend donc en avance. C'est pourquoi à la longue on a besoin de plus grandes doses: le corps s'est adapté, il se défend mieux.

Or, ce qui arrive donc dans le cas de ces fameuses surdoses dans des environnements atypiques, c'est que les stimuli neutres maintenant conditionnés, qui avertissent l'avènement de l'héroïne, ne sont plus là. Le corps ne se prépare donc pas à l'avance aux effets de l'héroïne. Et l'héroïnomane, complètement ignorant quant aux fondements mêmes du conditionnement classique, ne se doutant de rien donc, s'injecte une dose aussi grande qu'il le fait d'habitude. Et le corps, pris par surprise, lève le drapeau blanc.

dimanche 8 mars 2009

Psychologie: when "the show must go on"

On attend des juges ou des thérapeutes qu'ils expriment des émotions neutres; pour leur part, les bill collectors doivent exprimer des émotions négatives comme la colère. Les employés d'entreprises qui dispensent des services au public, quant à eux, doivent exprimer des émotions positives (sourire, surtout), coûte que coûte. C'est la plupart du temps ce qu'on leur demande.

Bien entendu, les émotions ressenties par ces employés ne sont pas toujours positives. Pour ainsi respecter leur rôle (et garder leur job), ils font du acting -- comme les acteurs! D'où le titre: je vais vous parler des différentes formes d'acting que les employés font, et leurs conséquences. Selon la perspective dramaturgique, le service à la clientèle est une performance théâtrale par un employé, organisée par l'entreprise.

Donc, les employés doivent sourire, mais ne sont pas dans le mood. Ce qu'ils peuvent faire pour afficher les émotions attendues d'eux:
  • acting de surface: reproduire l'expression faciale qui correspond à l'émotion attendue d'eux (par exemple, faire un sourire fake, versus le véritable sourire de Duchenne)
  • acting de profondeur: tenter de modifier l'état interne de façon à ce que l'expression voulue soit affichée (par exemple, réfléchir à un moment heureux pour afficher le sourire; les bons acteurs, apparemment, utilisent cette technique).

Les deux formes d'acting exigent un effort. En ce sens, elles pourraient potentiellement les deux mener au burn-out -- nous en parlerons plus loin.

L'acting de surface entraîne une dissonance émotionnelle, car l'émotion interne et l'émotion affichée ne sont pas la même. Des études démontrent que les clients sont généralement capables de distinguer une émotion authentique versus superficielle, et que le service est plus hautement évalué lorsque l'émotion affichée est authentique (i.e., pas issue de l'acting de surface). L'acting de profondeur, lui, tente de diminuer la disonnance émotionnelle.

Qu'est-ce qui fait qu'un employé va faire de l'acting, et pourquoi choisit-il un mode d'acting plutôt que l'autre?

Il y a deux facteurs qui influencent l'employé dans sa décision de faire de l'acting:

  • plus l'employé est satisfait de sa job, moins il fera de l'une ou l'autre sorte d'acting, car de toute façon, il est déjà relativement de bonne humeur; plus l'employé est insatisfait de sa job, plus il faut de l'acting, des 2 sortes -- particulièrement en ce qui a trait à l'acting de surface;
  • lorsque les employés sont conscients des règles d'affichage (i.e., leur devoir d'afficher certaines émotions bien précises en face du client), ils font plus d'acting de profondeur (mais ça n'influence pas leur niveau d'acting de surface)

Les conséquences des deux sortes d'acting sur l'employé

L'acting de surface est fortement corrélé avec l'épuisement émotionnel, qui est la composante principale du burn-out. De même, l'épuisement émotionnel est fortement corrélé à l'échec de l'acting, c'est-à-dire que plus les personnes font de l'acting de surface, plus elles souffrent d'épuisement émotionnel, et plus elles souffrent d'épuisement émotionnel (burn-out), moins elles arrivent à cacher leurs émotions négatives devant le client. Pour ce qui est de l'acting de profondeur, même s'il exige un grand effort!, il n'est pas lié à l'épuisement émotionnel ou au burn-out. Il permet aussi (par définition) de réduire la dissonance émotionnelle, ce qui est certainement un point positif.

Les conséquences des deux sortes d'acting sur le client

Tel qu'énoncé plus tôt, l'acting de surface peut être détecté par le client, et lorsque détecté, le service rendu est moins bien évalué. Au contraire, l'acting de prondeur mène à des bonnes évaluations du service rendu. De plus, cet acting de profondeur n'est pas décelé -- il a le pouvoir de convaincre une audience.

Conclusion

Bref, il serait avantageux d'entraîner les employés de service à la clientèle à l'acting de profondeur, car il mène à des conséquences positives tant chez l'employé lui-même (diminution de la dissonance émotionnelle) que chez le client (meilleure évaluation du service). C'est l'inverse dans le cas de l'acting de surface, qui mène à des conséquences négatives chez l'employé (burn-out, échec à l'acting) et chez le client (décèle l'arnaque et évalue moins bien le service).

Le problème est que les deux types d'acting sont corrélés entre eux: les gens qui font de l'acting de profondeur tendent aussi à faire de l'acting de surface. L'hypothèse actuelle est que l'acting de profondeur ne permet pas complètement de changer l'état interne (par exemple, vivre une émotion positive si l'employé se doit de sourire); l'acting de surface complèterait alors le travail.

Doit-on en conclure qu'il doit être difficile de travailler en service à la clientèle? Probablement.

P.S.: dans certains centres d'appels -- où le service à la clientèle se fait par téléphone --, les employés ont devant eux un miroir, pour leur rappeler qu'ils doivent constamment, coûte que coûte, sourire à leur téléphone.

dimanche 1 mars 2009

Psychologie: contenus latent et manifeste du rêve

Ce soir, je vais vous parler du rêve... selon la psychanalyse! Cette approche que je déteste. Mais c'est que je veux en venir à une conclusion qui va vous troubler. Vous verrez à la fin...

Freud distingue donc le contenu latent du contenu manifeste du rêve. Le contenu manifeste, c'est le rêve lui-même: l'histoire (le scénario), les objets qu'on y voyait, les choses qui se sont dites, les personnes qu'il y avait, etc. Le contenu latent, c'est ce que cette histoire manifeste veut réellement dire! (Fallait s'y attendre... en psychanalyse, un objet représente toujours autre chose que lui-même, au point où ç'en est ridicule; bref.) En fait, le contenu manifeste du rêve a été réorganisé à partir du contenu latent (ce que le rêve veut vraiment dire) à partir de 2 processus:
  • la condensation: un élément du rêve (par exemple, une chaise) veut toujours dire plusieurs choses ("une image vaut mille mots"). Cette chaise peut à la fois représenter l'angoisse d'abandon *et* le désir de tuer son père!!!!!
  • le déplacement: un objet peut représenter quelque chose par des associations lointaines. Par exemple, la chaise peut renvoyer à la table, qui elle renvoie à une tasse de lait, qui elle renvoie au sein de la mère: la personne qui a rêvé de la chaise a, en fait, rêvé au sein de sa mère!!!!!!

J'adore. J'ai un examen de psychanalyse mercredi matin. J'vais vomir sur ma copie et lui remettre en main propre: tiens, ma chienne, tu me diras si tu comprends c'que ça veut dire.

Mais en attendant, je veux vous fournir la conclusion à laquelle je suis arrivé. Freud lui-même disait qu'il n'existe que très peu de symboles universels dans le rêve (i.e., qui veulent dire la même chose pour tout le monde; p.ex., la chaise pour moi est le sein de ma mère alors que pour Philippe, ce sera le désir de se faire castrer). Freud disait que quand on interprète un rêve, il faut l'interpréter par rapport à cette personne, à son vécu, à ses angoisses du moment, etc.

Conclusion: les livres "interprétez vos rêves" (vous avez rêvé d'une araignée: vous avez peur de mourir écrasé sous un ours), c'est de la grosse bouette! Même pour la psychanalyse -- pouvez-vous seulement imaginer à quel point c'est rien d'autre que de la bouette?

mardi 24 février 2009

Psychologie: les types de personnalité

La voici, la voilà, avec ses 2 jours de retard, ses hauts et ses bas (mais surtout ses hauts): ma chronix!!

Ce soir, on va parler de la personnalité. Plus précisément, on va regarder brièvement tous les types qui existent.

Je vais donner les caractéristiques générales de chaque type; c'est ce qu'on appelle les traits de personnalité. Par exemple, être imbus de soi-même, c'est un trait; manquer d'empathie en est un autre (ce sont tous deux des traits de la personnalité narcissique, comme nous le verrons plus loin).

Il est à noter qu'on peut avoir plus d'un type de personnalité. On peut donc avoir un type dominant (une majeure), et un ou plusieurs autres types moins imposants (des mineures). Par exemple, un narcissique peut avoir une mineure histrionique. Mais sans plus tarder, les voici!!!

Groupe A: les personnalités bizarres, excentriques

Le groupe A, en général, est caractérisé par des émotions très peu présentes, et une activité cognitive relativement exagérée pour compenser. Ceux-ci consultent peu en thérapie.
  • personnalité schizoïde: c'est le refermé sur lui; il a très très peu d'affect (d'émotions); c'est un grand solitaire; très peu de désir sexuel; aime mieux les rencontres à deux, car se sentent très inconfortables en groupe
  • personnalité paranoïaque: c'est le grand méfiant! il reste toujours alerte, guette le danger; contrairement au schizoïde, il n'aime vraiment pas se retrouver seul, parce que c'est là qu'il peut le plus se faire backstabber!! il est rancunier; en couple, il accuse l'autre d'être infidèle; il est par ailleurs très convaincant dans ses histoires; c'est la personne qui retire son argent de la banque par peur qu'elle fasse faillite
  • personnalité schizotypique c'est le bizarre!! c'est celui qui utilise la pensée magique ("si ça n'a pas fonctionné, c'est que je n'ai pas pensé assez fort").. il s'habille bizarre, son discours est désorganisé et dur à suivre; il se sent mieux seul lui aussi, parce qu'il est très gauche socialement et il le sait; peut être très superstitieux et avoir des croyances bizarres

Groupe B: les personnalités erratiques, émotionnelles, dramatiques

Les personnalités du groupe B sont dominées par la composante émotive. Ce sont ceux qui consultent le plus en thérapie (pour beaucoup, c'est comme du maquillage: ils pomponnent leur personnalité comme ils se pomponnent tout court!)

  • personnalité narcissique: il s'adore, et il s'admire; "ma présence est un cadeau"; il parle de façon hautaine, et peut être prétentieux; il n'a pas des relations d'égal à égal (car lui ne vient pas du peuple); il manque d'empathie; parfois, c'est pour cacher un complexe d'infériorité
  • personnalité antisociale: c'est celui qui fait des petites fraudes (pas payer dans l'autobus, marcher dans les entrées privées); les règles ne sont pas pour lui; il n'a pas d'empathie, mais est bon pour verser des larmes de crocodile, car il sait ce qu'il serait supposé ressentir; il est impulsif, et se fout des conséquences de ses actes; il agit sur le mode "je veux donc je prends"
  • personnalité histrionique: c'est le théâtral! il a des émotions extraordinaires mais superficielles; il agit sur le mode séduction, peu importe le sexe de son interlocuteur; il veut et adore être le centre de l'attention; il touche beaucoup; il utilise un vocabulaire superlatif (toujours, jamais, aucun, etc.)
  • personnalité limite (borderline): c'est une personne qui voyage entre deux extrêmes: excitation et abattement; il peut changer d'un à l'autre dans la même phrase; il a de la difficulté à garder des relations à long terme, parce que les gens se tannent de ses sautes d'humeur; il fait du chantage émotif; il est instable émotionnellement; il est soit dans sa phase fusionnelle (un amour!!!) ou dans sa phase hostile; on les retrouve surtout dans les grandes villes!

Groupe C: les craintifs et les anxieux

Ce sont généralement les personnalités que l'on retrouve à l'université (particulièrement les obsessifs-compulsifs).

  • personnalité obsessive-compulsive: c'est un obsédé des détails, mais surtout, des règles; il est soumis à l'autorité; il adore la routine parce que ça le sécurise, et a peur du changement; il a des maux de dos!!
  • personnalité passive-agressive (cette personnalité n'existe plus comme diagnostique, mais c'est intéressant d'en parler) : c'est le boudeur!! son arme préférée c'est le silence; il est colérique et dépendant; il aime faire sa victime; ses phrases préférées sont "oui mais" et "qui... moi??"
  • personnalité évitante: il se tient en retrait de tous; c'est donc un solitaire, mais il n'est pas bien dans la solitude: mais il a tellement peur d'être rejeté qu'il se rejette lui-même; il a un radar pour détecter les indices de rejet; il n'aime pas essayer les choses qu'il ne connaît pas (par exemple, goûter à des mets inconnus)
  • personnalité dépendante: c'est celui qui est sur un mode infantile, et qui a besoin de l'autre; il souffre éperdument après une rupture amoureuse; il a de la misère à prendre ses décisions seul; il a besoin constamment qu'on lui rappelle qu'on l'aime (avec différents mots, avec un ton convaincant, etc.); il a des problèmes digestifs!!

Précisions

Je vous rappelle qu'on a tous des traits de plusieurs types. On peut avoir plusieurs types principaux (un dominant, appelé majeure, et un ou des types moins importants, des mineures). Les majeures et les mineures sont généralement dans le même groupe (par exemple, on voit rarement une majeure narcissique (groupe B) avec une mineure schizotypique (groupe A)).

Le trouble de la personnalité

Tous les types de personnalité énoncés ci-haut sont normaux, sains. Ces personnes sont heureuses. On parle du trouble de la personnalité quand les traits sont trop intenses, ou trop fréquents; que la personne vit un dysfonctionnement dans au moins un de ses milieux (par exemple, un employé qui n'arrive plus à travailler parce qu'il est trop paranoïaque); et finalement, la personne doit souffrir. Sans souffrance, on ne peut parler de trouble.

dimanche 15 février 2009

Psychologie: le règne de la misandrie

Vous savez ce que c'est la misogynie? C'est la haine des femmes, en gros. Le sexisme envers les femmes (i.e., la discrimination basée sur le sexe, et ce envers les femmes). La misandrie, c'est le contraire: c'est le sexisme envers les hommes.

Cette forme de sexisme est moins "populaire". Plus de lecteurs connaissent le mot misogynie que le mot misandrie, j'en suis persuadé. Mais pas seulement moins populaire! Elle est plus acceptée, moins critiquée. Elle est légalisée.

C'est le titre d'un livre de deux professeurs de McGill (dont une femme!) intitulé Legalizing Misandry: From Public Shame to Systematic Discrimination against Men. Voici un extrait de ce qu'on peut lire à propos de ce livre sur amazon:

Nathanson and Young [les 2 auteurs] use the infamous Bobbitt affair, in which an irate wife sliced off her husband’s penis, to illustrate the contradictory response to marital violence. Bobbitt claimed that she acted after years of physical and sexual abuse in a moment of temporary insanity. The sympathetic treatment Bobbitt received [...] disturbs the authors. Any battered male committing a similar act would have met a very different response, but then ideological feminism prefers to ignore the existence of female-initiated, spousal violence.

Imaginez-vous? Un homme mutile sa femme sous prétexte qu'il est battu depuis des années. Comme les auteurs le disent eux-mêmes, ça a peu de chance d'être aussi bien pris que dans le cas de cette femme qui n'a que coupé le pénis de son mari. C'est juste une petite coupure, dans le fond. Coupe coupe coupe, saigne saigne saigne et c'est fini. BREF.

Comme les auteurs le disent, le féminisme est devenu la norme. C'est devenu ce qu'il faut, c'est devenu si accepté qu'on oublie tout le reste. Sur Wikipédia, on peut lire une liste de phénomènes sexistes envers les hommes que nous retrouvons présentement au sein de la société, et qui passent inaperçu.

On trouve par exemple le fait suivant:

la discrimination faite aux victimes masculines de violence conjugale quant aux services d'aide : en France le numéro d'appel 3919 est présenté par le ministère de la Parité comme s'adressant exclusivement aux victimes féminines, et toutes les personnes répondantes sont des femmes ; la conséquence en est que les victimes masculines ne font pratiquement pas appel à ce service.

Ceci est particulièrement irritant. Dans mon maudit cours psychologie différentielle des sexes (qui n'est pas censé être un cours de féministe, mais ça commence à ressembler drôlement, et rien n'aurait pu m'y préparer!) -- dans ce maudit cours donc, on arrête pu de parler de violence conjugale. On ne finit juste plus. Les femmes sont tellement plus attaquées, tellement plus violemment, "ça s'améliore mais ouf...". Je pense que j'ai pogné le manuel qui ignore le fait que les hommes le déclarent moins, que c'est moins accepté pour eux de le déclarer, que les femmes font plus de violence psychologique, etc. Mais ça fait l'affaire de beeeeeeen du monde dans le cours.

Un autre exemple, qui lui me (nous?) touche plus:

dans le domaine scolaire, l'absence de recherches et d'actions concernant la sous-performance scolaire des garçons, qui contraste avec la poursuite de recherches et d'actions en faveur de l'amélioration de la performance des filles. Ainsi, en France, dans le cadre du Prix de la vocation scientifique et technique, le ministère de l'Éducation nationale attribue chaque année plusieurs centaines de bourses à des élèves filles des classes terminales souhaitant s'orienter vers une branche professionnelle où elles sont peu présentes. Mais aucune initiative symétrique ne vient encourager les élèves garçons à choisir les filières menant à des branches où la proportion d'hommes diminue régulièrement (enseignement, santé, justice) ;

Je vous rappelle qu'en 2006, j'ai tenté d'obtenir un stage d'été à l'Université de Montréal en physique (et en chimie et en maths comme seconds choix), le tout venant avec un "salaire" de 2000$. Ma prof de physique était persuadée que je l'aurais; et moi aussi j'y croyais en fait, compte tenu de mon dossier scolaire hors normes (!). Mais, c'est une conne qui l'a eu à ma place, une conne que ma prof trouvait conne, fatigante, et peu autonome. Quand j'ai demandé le pourquoi de la chose à la coordonnatrice du département de physique de mon cégep, elle a dit "bah beeee bleh bleh ....." (pas grand-chose qui voulait dire quoi que ce soit). Jusqu'à ce qu'elle rajoute à la fin: "et c'est sûr que c'était une fille, ils en veulent c'est pas un domaine trop populaire pour les filles".

Alors je vous pose la question: pourquoi on fait ça? Ne voulaient-ils pas le meilleur candidat? Ça m'amène à vous parler de la discrimination positive. On dit positive, parce que ça avantage certains groupes généralement défavorisés. Par exemple, à la ville de Montréal, à compétences égales, ils engagent les Noirs, les filles et les Autochtones. Et nous, pauvres Blancs? Oh, scusez -- pauvres "blancs" ? N'avons-nous pas besoin de travailler, nous aussi? Ne vivons-nous donc pas dans le même système capitaliste que les filles, les Noirs et les Autochtones?

Pour revenir à cette histoire de garçons à l'école. Un chercheur à l'UdeM si je me souviens bien, fait beaucoup de recherches là-dessus. Comment le système scolaire n'est pas adapté pour les gars; c'est en outre un système scolaire féminin. Selon lui, les p'tits gars ont plus besoin de bouger, et l'école s'en fout et favorise plus les p'tites princesses, si calmes, si douces, si bonnes.

Depuis 1986 aux États-Unis, plus de doctorats de psychologie sont donnés à des filles qu'à des gars. Les cycles supérieurs sont les derniers cycles à avoir vécu ce changement; i.e., au bacc., c'est encore pire. 1986, c'était pas hier. C'était il y a longtemps déjà, et ça va pas "en s'améliorant" (selon le point de vue). C'est sûr, les gars sont payés plus chers que les femmes, encore, oui. Ma prof a demandé, après avoir dit qu'il y a de loin plus de femmes que d'hommes aux études post-secondaires (comme si c'était bon d'ailleurs): "pensez-vous vraiment que ça va changer quelque chose? [au plan du salaire]".

Toutes les filles hochaient vigoureusement, "non non non, c'est sûr que non", "nous sommes des victimes". Moi, ce que je pensais, c'est que non, effectivement, ça n'amènera pas l'équité salariale: les hommes sont devenus des denrées rares. Et la rareté, ça se paye!

dimanche 8 février 2009

Psychologie: self-fulfilling prophecies

Je vais faire ça vite à soir les gars, ça me tente franchement pas pour être honnête. Il est 22h10, tout ce que j'ai fait de ma maudite journée c'est lire des textes, recopier des textes, essayer de lire des diapos -- que je n'ai même pas réussi à finir d'ailleurs. Et là après ma chronique, il va me rester 1h pour avoir du fun et penser à rien? Et après va falloir que j'essaie de dormir... mon cul que j'vais dormir.

Bref. Les self-fulfilling prophecies représentent avant tout un concept aux nombreuses traductions boiteuses: prophéties autoréalisantes, prophéties autoréalisatrices, prophéties qui s'autoréalisent...

C'est en fait relativement simple. C'est le simple fait que quand quelqu'un a des attentes envers quelqu'un, bien souvent, par des processus plus ou moins connus dépendant de la situation, la personne en question va confirmer les attentes. Par exemple, un employé qui s'attend à interagir avec un employé qui sera frustré va probablement finir par voir ses attentes confirmées. Le processus par lequel cela pourrait se produire est facile à imaginer: le premier employé, puisqu'il s'attend à interagir avec une personne frustrée, va tout de suite être sur ses gardes et réagir férocement au moindre commentaire suspect du deuxième employé, ce qui va évidemment le frustrer.

Mais ce pourquoi les self-fulfilling prophecies sont intéressantes et étudiées, c'est que bien souvent, on ne sait pas par quel processus la prophétie se réalise. Par exemple, dans une vraie étude, des examinateurs devaient administrer le test de Rorschach à des personnes. (Le test de Rorschach, c'est le test qu'on voit toujours dans les films, avec les taches d'encre: "à quoi ça vous fait penser?"). À un groupe d'examinateurs, on avait dit que les examinés avaient tendance à donner des réponses animales (ex: un papillon) plutôt qu'humaines. Dans l'autre groupe, exactement le contraire. Ceci n'était évidemment pas vrai (tests préliminaires à l'appui). Toutefois, les résultats ont bel et bien confirmé les attentes des expérimentateurs: quand les examinateurs croyaient que les examinés allaient donner plus de réponses animales, tel était le cas; et vice versa pour l'autre groupe.

Une analyse subséquente des bandes sonores et vidéos n'ont révélé aucun indice qui aurait pu pousser les examinés à se comporter ainsi. D'ailleurs, ni les examinateurs, ni les examinés n'ont affirmé avoir été conscient d'un quelconque subterfuge. L'hypothèse actuelle: ce serait dû à des mouvements et gestes corporels très subtils...

L'effet pygmalion

L'effet pygmalion, c'est précisément ce que je viens de décrire. C'est une prophétie qui s'autoréalise entre un supérieur et un subordonné, par exemple lors d'une recherche expérimentale, en laboratoire, entre un expérimentateur et un participant. Il est aussi connu sous le nom d'effet Rosenthal.

Exemple concret du danger: en milieu scolaire

Le milieu dans lequel les prophéties autoréalisatrices ont été le plus étudiées est sans doute le milieu scolaire. De nombreuses, incalculables études démontrent que lorsqu'on dit à des enseignants que tel, tel et tel étudiant a un QI supérieur à la moyenne et est motivé par rapport à l'école -- même s'ils n'ont en réalité rien de différent des autres élèves --, ces élèves finissent effectivement par avoir un plus haut score de QI, et aussi à avoir des meilleures notes. Je vous rappelle que tel n'était jamais le cas au début des études.

Ah, le pouvoir des attentes...

dimanche 1 février 2009

Psychologie: Billy Tipton & les intersexués

Billy Tipton, c'est chromosomiquement une femme. C'est aussi socialement un homme.

Dorothy Tipton est née en 1914. Époque où "les Blancs vivent avec les Blancs et les Noirs avec les Noirs", et où "les femmes les mieux nanties suivent des cours de musique classique". Dorothy aimait jouer de la musique, en particulier le jazz. Toutefois, à son époque les femmes ne pouvaient jouer du jazz; c'était réservé exclusivement aux hommes.

Alors à partir de 1940, elle est devenue un homme. Pour faire des spectacles, elle (il) s'habillait en homme et se nommait Billy. Billy Tipton. Progressivement, elle a commencé à devenir l'homme qu'elle n'était pas aussi dans sa vie privée: garder son nom masculin, son habillement masculin, et tout le kit. C'est ainsi que Dorothy est officieusement devenue Billy Tipton.

Billy était bel et bien une femme, corps et âme. La seule raison pour laquelle Billy a été créé, c'est que ça permettait à Dorothy de faire ce qu'elle voulait faire, à une époque et un lieu où elle ne pouvait le faire à cause de sa plotte.

Et Billy a eu plusieurs femmes! Dont une qui pleurait dans le documentaire que j'ai vu. Une si belle relation qu'ils avaient, dit-elle. Pas de sexe -- elle avait été agressée par avant, et lui avait eu "un accident de voiture très grave"... enfin bref. Ils ont adopté un enfant! Soit dit en passant, Billy n'était pas "lesbienne", si vous me passez l'expression.

Quand Billy est mort, il y a un peu plus de 20 ans aujourd'hui (21 janvier 1989), personne ne savait que c'était physiquement une femme. Il avait un permis de conduire sur lequel était écrit homme. Sa femme, son fils, personne ne savait. Quand les ambulanciers sont arrivés la journée de sa mort, ils demandaient à son fils: "is it a man or a woman? is it a man or a woman??". Et son fils aurait effectivement vu plotte et/ou autres informations incriminantes. Bref, une journée où on prend le temps d'insérer une note dans son journal intime. Pour mentionner la mort de son père ou autre.

Les individus intersexués

Ça m'amène à vous parler des personnes intersexuées. Ce sont des personnes dont le sexe chromosomique ne concorde pas avec le sexe hormonal, ce qui fait qu'ils ont des caractéristiques des deux sexes. Ce sont ceux qu'on nommait anciennement les hermaphrodites, mais dont la terminologie est de plus en plus laissée à l'écart dû à sa connotation négative.

Entre 1 et 4% des personnes sont des intersexués!! C'est-à-dire qu'ils peuvent avoir un vagin et de la barbe!! ou des testicules pognés en dedans avec une vulve à l'extérieur. Y'en a qui ont tout le kit (ovaires + testicules + vulve, exemple). Comment ça se fait? Une personne peut avoir deux chromosomes X (XX, i.e. une fille), mais avoir eu un surplus d'androgènes (hormones masculines, par exemple testostérone) quand elles n'étaient encore que foetus. Ou leur corps peut tout simplement produire un surplus de testostérone. Dans ces cas-là, c'est le sexe hormonal qui prime: le XX est un gars. Probablement avec un pénis d'ailleurs. Ou un gros, gros clitoris. (Ça arrive lol...).

Billy Tipton n'était donc pas une personne intersexuée, puisque les sexes chromosomique et hormonal étaient bel et bien féminins. Son identité sexuelle (suis-je un gars ou suis-je une fille?) était féminine. Ou entk, jusqu'à nouvel ordre elle se pensait encore femme, mais aurait "changé" de sexe simplement pour avoir quelque chose d'inaccessible aux femmes.

Les personnes intersexuées peuvent avoir recours à des opérations pour changer leur sexe, prendre des hormones pour changer leurs caractéristiques sexuelles secondaires, etc.

Et ça montre à quel point homme et femme c'est la même chose. On peut switcher d'un à l'autre comme on veut, à la simple prise d'hormones. Vous ne me croyez pas? Regardez le vidéo ci-dessous, surtout vers la fin (à partir de 3:24). Rien ne laisse présager que les hommes qu'on y voit ont été un jour des femmes. (Ils font même de la calvitie!!!!)











dimanche 25 janvier 2009

Psychologie: paradigme du sexe assigné

Nous sommes tous de bons observateurs. Surtout si on ne fait que ça, non? On vous demande d'observer des bébés. Votre tâche, c'est d'observer des bébés. Vous n'êtes concentré qu'à ça. Et vous devez dire ce que vous voyez. Ce serait stupide si nous pouvions nous tromper.

Dans le paradigme du sexe assigné, on présente à des adultes des photos ou des vidéos de bébés (ou de très jeunes enfants), et on leur demande ce qu'ils voient. À chaque groupe d'adultes, on présente la même photo, le même visage, le même bébé qui fait la même chose, mais on dit une seule chose qui diffère entre les groupes: le sexe du bébé.

Dans une expérience, les chercheurs ont montré une photo d'un bébé qui est en train de vivre une émotion à l'allure ambiguë. À un groupe d'adultes, on dit que le bébé est un gars; à l'autre, que c'est une p'tite fille HON C TU CUTE GUILI GUILI. On demande à ces deux groupes de nous dire l'émotion ressentie par le bébé(e) (lol). Quand on dit que le bébé est un gars, celui-ci ressent de la colère !!!!! (une émotion typiquement masculine apparemment). Et quand c'est une petite fleur, elle ressent de la peur et de la tristesse :)

Dans une autre expérience, on montre un vidéo où il y a deux enfants en "habits de neige" (ma prof est française...) qui jouent ensemble. Il faut compter le nombre de conduites agressives émises par l'un ou l'autre des membres de la paire. On dit que les deux enfants sont (1) deux gars; (2) deux filles; (3) un gars et une fille. Savez-vous dans quel groupe les observateurs relèvent le plus de conduites agressives? ....non, pas les deux gars... quand c'est deux filles. Moi non plus je ne comprends pas (!!!!!), mais il va falloir que je l'apprenne par coeur pour mon examen. Bref, tout ça pour illustrer le pouvoir du simple étiquetage.

En terminant, j'aimerais vous faire part d'une énigme qui a posé des problèmes à bien des gens il y a un certain nombre d'années. Je parle ici de professeurs d'université tout simplement incapables de résoudre l'énigme. Saurez-vous faire mieux?

A man and his son go on a fishing trip. While in their car, they get into a huge car crash. The man is killed, and the boy is severely injured. The boy is immediately brought into a hospital. When the boy gets to the operation room, a surgeon is already waiting. When the boy comes in, the surgeon says: "Oh my God! This is my son".

How is this possible?

dimanche 18 janvier 2009

Psychologie: le psychologue du travail

Je ne sais pas si vous le savez, jeunes gens et genses, mais il y a une branche de la psychologie qui s'appelle la psychologie industrielle et organisationnelle, qui étudie l'humain au sein de l'entreprise. Les psychologues qui oeuvrent dans le milieu du travail ont un objectif précis: favoriser un rendement optimal tout en assurant la satisfaction au travail.

Nous sommes tous habitués à l'image du psychologue qui oeuvre en milieu clinique ou en milieu privé. Mais qu'est-ce qu'un psychologue fait en milieu de travail, donc? C'est à cette réponse que je réponds ce soir en discutant des différents champs d'intervention des psychologues du travail.

1) Dotation et évaluation du potentiel
  • faire du recrutement;
  • sélectionner le personnel (p.ex., lors d'entrevues);
  • évaluer le potentiel de candidats

2) Diagnostic et développement organisationnel

  • évaluer l'efficacité de l'organisation;
  • élaborer un plan de développement organisationnel;
  • faciliter l'implantation de changements au sein de l'organisation;
  • évaluer un programme

3) Formation du personnel cadre, professionnel et technique

  • Concevoir et implanter un programme de formation;
  • Évaluer un programme de formation

4) Coaching (accompagnement) professionnel dans les organisations

  • offrir du coaching visant l'amélioration du rendement et l'acquisition de compétences;
  • accompagner les employés dans la résolution de conflits;
  • accompagner les gens dans une transition de vie ou de carrière

5) Gestion des carrières et réaffectation

  • Évaluation de potentiel et de la situation dans des cas de réorientation de carrière;
  • planifier la relève au sein de l'entreprise

6) Aide aux employés et santé psychologique au travail

  • intervenir auprès d'employés qui vivent des problèmes personnels qui affectent leur fonctionnement au travail;
  • intervenir auprès d'employés en situation de crise;
  • concevoir et évaluer un programme d'aide aux employés (PAE);
  • diagnostiquer les sources de demandes d'aide du personnel au sein de l'environnement de travail

Ainsi donc, le psychologue du travail est un fourre-tout. Pas tant qu'il fourre tout, mais on peut tout lui faire faire. Ce serait plus précisément un homme à tout faire donc, mais ce serait là insister inutilement sur les mots.

Je tiens à noter que les psychologues dans les organisations utilisent très souvent des tests psychologiques à des fins d'évaluation (aptitudes au travail, adéquation entre le candidat et le poste convoité, etc.). De même, on les retrouve souvent au département des ressources humaines.

Paraît qu'ils gagnent cher. Mais ça doit varier d'un fourre-tout à l'autre...

dimanche 11 janvier 2009

Psychologie: manque de leadership chez la femme?

La chronique de ce soir va être très courte. Finfino comme je suis, la semaine passée lors de ma chronique j'ai dit que je savais pas quoi écrire parce que les cours étaient pas recommencés, et je m'étais dit que ce serait ô combien plus facile cette semaine parce que les cours seraient recommencés HAHA... jme suis pas servi de ma tête, j'ai eu 2 cours, les deux servant évidemment à présenter les plans de cours. NICE.

Apparemment, il y a un stéréotype selon lequel les femmes sont de moins bonnes leaders en milieu organisationnel que les hommes. Dit comme ça, on attribue cette différence à une différence de genre, i.e. les femmes puisque femmes sont de moins bonnes leaders ("leadrices" est le terme francophone).

En fait, cela pourrait tout simplement être dû au fait que les femmes occupent plus de jobs à perspectives restreintes. Une chercheure a trouvé que les hommes aussi, lorsqu'ils ont des jobs à perspectives restreintes, ont peu de rêves grandioses (dah...). Et comme de fait, "many more women than men" sont pognées avec ces emplois.

Ceci est tout à fait fascinant, je sais. J'ai décidé de bonifier gra-tui-te-ment la chronique de quelques statistiques. Je vous présente donc le pourcentage de femmes dans certains emplois, et le salaire gagné. De haut en bas, c'est en ordre décroissant du % de femmes qui occupent l'emploi (aux États-Unis en 2001). Vous penserez ou direz ce que vous voudrez là-dessus (injustice ou pas?, intérêts différents?, etc.), pour ma part, l'étendue de mes réflexions sur le sujet est limitée. lol... ah désolé, c'est juste que chaque fois que je vois "limité" je pense à Philippe et ça me fait rire.


dimanche 4 janvier 2009

Psychologie: what would YOU do?

Ce soir les amis, la chronique a été plus dure à rédiger. La passion pour la psychologie a chuté durant la vacances, laissant place à sa petite soeur les échecs. Ceci ajouté au fait que je n'ai plus de cours, je n'ai pas de contenu pour cette semaine!! haha!!!! Vraiment trop cool top-notch. J'avais commencé quelque chose cet aprèmme, mais c'était trop compliqué et trop plate et trop long pour moi et bla bla bla. J'AI CHOKÉ.

Mais lecteurs lectrices & autres, je vous concocte ce soir une collection de vidéos disponibles sur Iou-Choube. Il s'agit de la série d'émissions de ABC intitulée What would YOU do?. Ils placent des gens dans des situations généralement où quelqu'un d'autre vit une injustice, et regardent à l'aide de caméras cachées comment les gens réagissent (s'ils réagissent!).

Je vous présente ici 5 vidéos:

1) Gay PDA (Public Display of Affection)

Dans ce vidéo, ils mettent un couple d'homosexuels sur un banc de parc, et ceux-ci discutent et s'embrassent comme le ferait n'importe quel couple. Une femme va même jusqu'à appeler la police... et un policier s'y présente effectivement et leur demande d'être plus discret. (Maudits Américains).

2) Voyous + Racisme

Initialement, le but était de voir comment des passants réagiraient lorsqu'ils verraient 3 adolescents qui détruisent un char dans un stationnement. Toutefois, après avoir reçu des appels à la police provenant du même stationnement, concernant 3 Noirs qui DORMAIENT dans un autre char, ils ont décidé de remplacer les 3 adolescents (blancs) par les 3 Noirs et voir s'il y aurait plus d'appels à la police si c'étaient des adolescents noirs qui vandalisaient.



(cliquez ici pour la deuxième partie dans une nouvelle fenêtre)

3) Une Musulmane qu'on refuse de servir

Dans une espèce de boulangerie, une Musulmane (une actrice) se présente et commande quelque chose, et le caissier (aussi un acteur) refuse à cause de sa religion, et commence à dire qu'elle n'est pas une vraie américaine et tout le kit. La plupart des autres clients ne font rien (c'est illégal de discriminer de la sorte aux États-Unis).

4) Violence conjugale où l'agresseur est la femme

Dans une première expérience pas disponible sur YouTube, ils ont mis sur un banc de parc un couple dans lequel le monsieur attaquait physiquement sa comparse. Beaucoup, beaucoup de passants défendaient la femme. Ils ont donc inversé les rôles: qu'arrive-t-il quand c'est une femme qui attaque physiquement son chum?

5) Meilleure amie témoin de tromperie

Celui-ci ne concerne qu'une seule personne (au lieu de regarder la réaction d'un ensemble de passants par exemple). Une fille est à un restaurant, et pendant qu'elle y est, elle voit le chum de sa meilleure amie avec une autre fille!, et ils ont l'air colleux-colleux pas mal. Cette fille, dont la meilleure amie se fait tromper, attend justement sa meilleure amie pour le repas au restaurant. Le but était de voir si elle dénoncerait le chum de sa meilleure amie à celle-ci ou pas. (Vous pouvez laisser faire la discussion en studio par la suite avec 3 femmes qui ont vécu la situation, ce n'est que très peu intéressant... très peu. Que très peu.)

Commentaires

Je veux juste très brièvement mentionner certaines choses. Premièrement, il y a aussi un vidéo dans lequel un itinérant se fait attaquer et on regarde la réaction des passants; un autre dans lequel l'itinérant est en fait une itinérante, auquel cas les gens réagissent encore plus. Toutefois, je ne trouve plus ces vidéos.

Deuxièmement, il faut faire attention à tirer certaines conclusions. Par exemple, dans le cas du vidéo sur le racisme (#2), il pourrait s'agir simplement d'un biais proendogroupe, c'est-à-dire que ce ne serait pas là du racisme, mais simplement la tendance à percevoir les membres d'un groupe qui n'est pas le nôtre comme moins bons, moins fins, moins capables, etc. Pour être certain, il aurait fallu reproduire l'expérience dans un quartier de Noirs. Si eux appellent plus la police quand les vandales sont blancs, il est dur de conclure au racisme dans les deux cas. Si toutefois les Noirs appelleraient autant la police, que les vandales soient blancs ou noirs, on pourrait plus aisément conclure que les Blancs dans le vidéo que je présente sont peut-être un peu racistes.

Mais vous savez autant que moi qu'on aime bien les conclusions qui sont tirées dans ces vidéos-là :)

dimanche 28 décembre 2008

Psychologie: tricherie à Who Wants to Be a Millionaire

J’espère que vous connaissez tous Who Wants to Be a Millionaire (WWTBAM). Résumé simplement, c’est un jeu télévisé dans lequel un concurrent doit répondre à des questions à choix multiples (4 choix de réponses). Il y en a 15, et elles augmentent en difficulté de question en question. Plus le participant répond correctement à un nombre élevé de questions, plus il récolte de l’argent. S’il rate une question, il obtient (grosso modo) le montant obtenu lors de la dernière question (et on change de participant). Au bout d’un maximum de 15 questions répondues correctement, il gagne 1 million de dollars.

Le 10 septembre 2001, lors de l’enregistrement d’un épisode de WWTBAM en Angleterre (WWTBAM UK), le participant, que nous nommerons ici fictivement Charles Ingram (c’est en fait son vrai nom), a triché. Il a effectivement gagné le million… mais n’a jamais pu empocher le chèque, puisqu’il a été découvert.

Comme s’y est-il pris? Il a fait équipe avec un autre participant qui attendait pour jouer (i.e., il était assis un peu en avant des spectateurs…). Cet autre participant, ci-après dénommé fictivement Tecwen Whittock (…), toussait à chaque fois que Charles Ingram mentionnait le choix de réponse correspondant à la bonne réponse. Ainsi, quand le temps était venu pour Ingram de donner sa réponse finale, il n’avait qu’à nommer celle par-dessus laquelle son collègue avait toussé. La femme de Ingram, Diana, a aussi participé un peu à la tricherie : lorsque Whittock ne connaissait pas la réponse -- et donc ne toussait pas pour aider Ingram --, c’est elle qui toussait quand Ingram nommait la bonne réponse… mais ce n’est arrivé qu’à une question, alors ce n’est que peu important.

À chaque question, Ingram s’assurait de dire par exemple qu’il n’était pas sûr, et ensuite de nommer chaque réponse une après l’autre (I don’t think it’s (A)… it could be (B)… etc.). Ainsi, Whittock pouvait tousser quand Ingram nommait la réponse; et ce dernier pouvait donner sa réponse finale par après.

Une émission relatant l’histoire est disponible en version intégrale sur YouTube… j’y reviendrai à la fin de la présente chronique.

En attendant, où veux-je donc en venir avec cette histoire? En fait, je veux traiter de plusieurs thèmes que celle-ci suscite.

La magie du QI

On aime croire que le QI veut tout dire; que le QI représente l’intelligence; qu’en quelque sorte, si on classe les gens en ordre d’ « intelligence », on les classe en même temps en ordre de QI.

Or, il n’en est rien, et Charles Ingram démontre habilement bien, malgré lui, que le QI n’est pas synonyme d’intelligence (ou si vous préférez, que le QI n’implique pas l’intelligence). Charles Ingram a subi un test de QI pour son procès. Il a un QI d’au-delà de 132, ce qui signifie qu’il fait partie de moins de 2% de la population à avoir un QI de ce calibre ou plus élevé. Néanmoins, Philippe et moi sommes d’accord pour dire qu’il n’a pas l’air particulièrement intelligent. Il a eu de la misère à beaucoup de questions. Philippe le trouve mauvais acteur (faire semblant qu’il cherche encore la réponse alors que quelqu’un vient de la lui tousser, …). L’animateur de l’émission l’a décrit par après en disant qu’il était « Tim nice but dim », signifiant qu’il est très sympathique mais pas trop bright.

Quant à moi, le moment où je le trouve le plus con, c’est à l’avant-dernière question, celle juste avant de répondre à la question qui vaut 1 million. Tout s’était relativement bien passé jusque-là, mais épais comme il est, Ingram a en quelque sorte oublié comment leur tricherie fonctionnait! La question était :

Baron Haussmann is best known for his planning of which city?
(A) Rome
(B) Paris
(C) Berlin
(D) Athens.

Je répète qu’il s’agit là de l’avant-dernière question, valant 500 000$. Ce n’est donc évidemment pas une question facile. Toutefois, Ingram le génie, du haut de son QI, a très vite conclu que la réponse était (C) Berlin, puisque Haussmann sonne Allemand! C’est évident que ce n’est pas la bonne réponse, ce serait beaucoup trop facile pour une question à 500 000$. Non seulement ça, mais en plus il était tellement sûr que c’était Berlin, qu’à cette question il n’a pas passé en revue toutes les réponses, ce qui aurait permis à son acolyte de tousser quand il nommerait la bonne. Plutôt, puisque convaincu que la réponse était Berlin, il la répétait continuellement, probablement en s’attendant à entendre une toux un moment donné. À cause de ceci, Whittock a dû faire des sons bizarres (se moucher, …) pour signifier à Ingram que Berlin n’était pas la bonne réponse.

Philippe disait, pour argumenter que Ingram n’est pas si intelligent que ça, qu’il est mauvais acteur. Ça se voit très bien quand, une semaine plus tard, le patron de l’émission l’a appelé chez lui pour lui dire que le chèque de 1 million avait été gelé, et que le cas avait été transféré à la police, puisque l’équipe de production soupçonnait de la tricherie. Il n’a même pas fait comme s’il était surpris de se faire accuser de tricherie. Voici la conversation :

Patron: I have to tell you that, that we have suspicions from viewing the recording of last monday's uh, program, and subsequently studying the tapes carefully, that there were irregularities during the taping of the show in which you participated
Ingram: oh, good lord no
Patron: because of that, I have to tell you that these suspicions have been referred to the police..
Ingram: right
Patron: and thus, [we will not for the moment be airing the program according to deauthorizing payments of the check]
Ingram: right.. yeah, well, then, yeah I completely refute that obviously, hum, good lord [...]. alright!, well thanks for letting me know.
Patron : ok thank you
Ingram: hmm k, bye [et – il – raccroche! « Job vite faite bien faite »…]


Bref, tout ça pour vous montrer un cas bien vivant : quelqu’un avec un QI supérieur à celui de plus de 98% de la population, mais qui (1) est reconnu comme pas vite-vite par l’équipe de production, par Philippe et par moi-même; (2) ne sait pas comment tricher et oublie son propre système; (3) ment mal; et (4) est mauvais acteur.

Recherche confirmatoire

Le deuxième thème dont je veux parler est la recherche confirmatoire. Dans des situations sociales, on tente de confirmer nos préjugés (stéréotypes) et nos premières impressions. Par exemple, si j’interagis avec un asiatique et que je crois que les asiatiques sont très travaillants, je vais remarquer tout ce qui fait de lui un travaillant, quitte même à lui poser des questions qui le forcent presque à me répondre qu’il est effectivement travaillant. La même chose arrive en ce qui a trait à des nouvelles connaissances : nous nous faisons une première impression d’eux, et nous tentons presque exagérément de confirmer nos croyances, en recherchant de l’information qui les confirmera.

C’est donc ça, la recherche confirmatoire. En quelque sorte, on ne tient compte que de l’information qui confirme nos croyances, jusqu’à aller chercher activement cette information. Dans le cas de la tricherie de Ingram à WWTBAM, une telle recherche confirmatoire de la part de l’équipe de l’émission est notable. Suite au gain du million de Ingram, lorsque celui-ci s’est ramassé en coulisses avec sa femme (et son chèque!), les membres de l’équipe qui le soupçonnaient depuis le début affirment tous qu’ils avaient l’air tendu, qu’ils n’avaient pas l’air de personnes qui venaient de gagner le million, qu’ils n’étaient pas aussi joyeux qu’ils auraient dû l’être, etc.

Tout ça a bien du sens.

MAIS!, là où ça devient plus dur de croire ces affirmations est lorsqu’on entend l’animateur relater sa propre histoire. L’animateur n’avait aucun soupçon que Ingram avait possiblement triché; il ne l’a su qu’après l’émission. Quand il a vu Ingram et sa femme (et leur chèque!) dans les coulisses, l’animateur a plutôt dit que les deux avaient l’air de deux personnes qui venaient effectivement de gagner un million, et que leur réaction semblait tout à fait naturelle et appropriée dans les circonstances.

J’ai la forte impression que les deux parties (l’équipe de production et l’animateur) ont vu ce qu’ils ont bien voulu voir.

Langage corporel

L’étude du langage non-verbal (i.e., corporel) s’appelle la synergologie. Certains auteurs, particulièrement ceux qui s’adressent à la population en général dans des livres de psycho pop (e.g., Philippe Turchet), parlent comme si tel mouvement signifie telle chose précise, telle posture signifie telle autre chose spécifique, etc.

Si c’était vrai, on aurait qu’à apprendre ses livres par cœur (à Philippe Turchet), et nous pourrions dire ce que n’importe qui pense ou ressent à n’importe quel moment. Il se tient comme ça, donc je l’emmerde. C’est un jeu risqué auquel vous pouvez jouer, mais je vous mets en garde, vous allez vous rendre compte bien vite qu’il y a un pas à franchir entre le livre et la réalité.

Une autre position théorique est beaucoup plus réaliste : le langage corporel s’exprime à travers des changements dans le comportement ou la posture de la personne. Une personne qui a toujours les bras croisés quand on lui parle ne signifie pas qu’elle s’emmerde dès qu’on lui parle. Une personne qui a toujours les bras croisés quand on lui parle, et qui décroise les bras quand VOUS vous vous mettez à lui parler (!), là vous pouvez penser que vous avez un rôle à jouer dans son changement de comportement.

C’est quelque chose du genre que nous pouvons observer dans l’épisode de tricherie de Ingram. La femme de Ingram (rappel : Diana), qui était parmi les spectateurs, est surprise à plusieurs occasions via caméra en train de regarder dans la direction de Tecwen Whittock. Il est effectivement très peu subtile pour elle d’agir ainsi, et comme de fait je la trouve pas trop bright elle non plus, un peu comme son mari… mais bref.

Ce qui est intéressant, c’est qu’elle semble se rappeler certaines fois qu’elle ne devrait pas le regarder. Dès lors, elle détourne le regard, mais pas n’importe comment! Elle le fait plutôt rapidement, les yeux baissés (!), et elle cligne des yeux à 100 milles à l’heure. À d’autres occasions, où elle fixe Whittock et ne semble pas se rappeler qu’elle ne devrait pas, elle le regarde beaucoup plus longtemps, et quand elle arrête, le retour à sa position normale est beaucoup plus lent, et elle ne commence pas à faire battre ses paupières comme des ailes de colibris.

Je soutiens donc qu’à certaines occasions, Diana regarde Whittock et ne ressent rien de particulier, et qu’à d’autres occasions elle regarde Whittock et réalise très vite qu’elle ne devrait pas, et dans un mouvement démontrant sa culpabilité/honte, tente de ne rien y faire paraître. Mais dans ce cas-ci du moins, j’ai bel et bien l’impression que son corps la trahit.

L’émission sur YouTube

L’émission est en 8 parties. Elle s’intitule Major Fraud. Vous n’avez qu’à chercher pour « Major Fraud » ou pour « who wants to be a millionaire major fraud » sur YouTube pour avoir accès aux 8 parties. En attendant, je vous fournis, gratuitement et sans frais cachés, la première partie :



Conclusion et autres méfaits

Vu la longueur de la chronique, je me sens obligé de conclure formellement. Ceci maintenant fait, je vous souhaite la meilleure des fins d’années pour 2008, et vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout!

dimanche 21 décembre 2008

Psychologie: la psychologie évolutionniste

La psychologie évolutionniste (angl. Evolutionary psychology) est une sous-branche de la psychologie (au même titre que la psychologie cognitive, la psychologie sociale, etc.) qui étudie l’esprit et le comportement humain en appliquant les principes de la sélection naturelle darwinienne.

Sélection naturelle

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est la sélection naturelle de Charles Darwin (1809-1882), je vais la résumer très brièvement. Il s’agit en fait d’une théorie qui explique comment les animaux (incluant les humains) ont évolué au fil des millénaires. Elle stipule que si un organisme a une caractéristique qui favorise sa survie ou sa reproduction, cette caractéristique sera léguée aux générations futures, alors que les autres qui favorisent moins la survie ou la reproduction, ne seront pas transmises aux générations futures et seront donc éventuellement éliminées du bassin de gènes de la population.

Exemple : un chat a des oreilles qui bougent plus facilement que celles de la plupart des autres chats. Ce chat détecte plus facilement les prédateurs, et s’enfuit plus rapidement, et survit donc alors que certains autres chats se font tuer. Ce chat se reproduit, et lègue ainsi ses oreilles mouvantes (lol) à ses rejetons; les quelques chats qui sont morts et qui n’avaient pas les gènes procurant ces oreilles magiques n’ont évidemment pas de chatons. Dans la génération suivante donc, on retrouve une plus grande proportion de chats aux oreilles mouvantes que dans la première génération. Au fil des générations, il ne restera plus que des chats aux oreilles mouvantes.

Un autre type de sélection est la sélection artificielle, par exemple comme on fait avec les poules pour avoir de plus gros œufs. Les cultivateurs se débarrassent de leurs poules qui donnent de petits œufs, et font reproduire celles qui en donnent de plus gros; au fil des générations, le cultivateur n’a plus que des poules qui donnent des gros œufs. (On dit que c’est une sélection artificielle parce qu’elle est due à l’action humaine).

Les fondements de la psychologie évolutionniste

Tel qu’énoncé plus haut, la psychologie évolutionniste postule que le cerveau a évolué selon une sélection naturelle. En ce sens, les comportements et capacités cognitives qui ont été adaptatives pour l’individu (i.e., qui lui ont permis de survivre et de se reproduire) sont celles que nous avons aujourd’hui.

Le cerveau aurait évolué pour résoudre les problèmes rencontrés par les chasseurs-cueilleurs de la période du Pléistocène, il y a plus de 10 000 ans.

La psychologie évolutionniste s’intéresse à répondre à certaines questions comme :
  • Pourquoi est-ce que les gens discriminent d’autres qui semblent différents d’eux?
  • Pourquoi est-ce que certaines caractéristiques faciales ou corporelles sont plus attirantes que d’autres, et ce à travers toutes les cultures?
  • Les humains sont-ils monogames ou polygames?
  • Etc.

Vous aurez remarqué que la psychologie évolutionniste s’intéresse plus à ce qui est inné que ce qui est acquis, et qu’elle s’intéresse plus à ce qu’on retrouve chez tous les humains, indépendamment des cultures.

Causes proximales vs distales (proximate v. ultimate causes)

Étant donné que la psychologie évolutionniste s’intéresse à la façon que notre passé ancestral a façonné notre cerveau et notre comportement, elle privilégie des explications distales des comportements. Elle cherche les causes des comportements (par exemple, la discrimination) dans la fonction adaptative que ceux-ci avaient pour nos ancêtres, ce qui aurait favorisé leur transmission de génération en génération.

En général, la psychologie s’intéresse aux causes proximales des comportements. Par exemple, j’ai discriminé parce que j’ai perçu la personne comme ne faisant pas partie du même groupe que le mien; j’ai aidé une personne en difficulté parce que j’étais le seul sur les lieux. La psychologie évolutionniste se demanderait plutôt : quelle est la fonction de la discrimination? Pourquoi est-ce que les humains ont développé un système réciproque d’altruisme?

En résumé, nous dirons que les explications proximales posent la question du comment, alors que les explications distales posent la question du pourquoi (quelle est la fonction adaptative).

Place de la psychologie évolutionniste au sein de la psychologie

La psychologie évolutionniste est une discipline récente, et par ailleurs très peu populaire. On la retrouve surtout aux Etats-Unis. À ce jour, il n’est pas possible de faire un doctorat en psychologie évolutionniste au Québec; un de mes profs trouve d’ailleurs que nous sommes « en retard ».

Une des raisons possibles pour laquelle le cadre théorique de la psychologie évolutionniste n’est pas bien vu au sein de la psychologie en général est ce que certains auteurs nomment la biophobie, soit la peur quasi-pathologique que les scientifiques sociaux ont développé par rapport aux explications biologiques du comportement humain (Ellis, 1996).

12 faits, réponses & autres trivia

  • Les humains ne descendent pas des chimpanzés; plutôt, les deux descendent d’un ancêtre commun. Les chimpanzés ont développé leurs propres adaptations spécifiques, que nous n’avons pas (le train et la voiture viennent d’un même précurseur – nommément, le chariot tiré par des chevaux --, et il n’y a aucun sens à dire que le train est plus sophistiqué que la voiture… ou vice versa);
  • Certaines adaptations favorisent la passation des gènes à la génération suivante, mais viennent avec des coûts; toutefois, ces coûts ne sont pas suffisants pour enrayer les bénéfices, et les adaptations sont donc maintenues au sein d’une population. Par exemple : le trouble bipolaire et la schizophrénie… vieux comme le monde, très héréditaires, mais persistants.
  • Des psychologues ont conclus que certaines cultures d’humains étaient moins évoluées après leur avoir administré des tests d’intelligence (par exemple, des habitants de la Nouvelle-Guinée). Dans ces tests, on demandait d’identifier des parties manquantes sur une photo de gramophone (!), et sur une photo de terrain de tennis (!).
  • L’humain est surtout monogame… mais beaucoup plus la femme que l’homme;
  • L’altruisme en dehors du cercle familial (exemple, aider un inconnu qui est en difficulté), est présent chez certaines autres espèces, mais est très rare SAUF chez l’humain;
  • On performe si mal dans le dilemme du prisonnier (où la stratégie rationnelle est de dénoncer l’autre) parce que nous avons évolué dans des situations où le dilemme du prisonnier se reproduit constamment, et que les animaux se souviennent ce qui s’est produit la fois précédente; il est alors bien mieux de ne pas dénoncer son partenaire, parce qu’il nous dénoncerait à son tour à la prochaine occasion. Exemple: durant la première guerre mondiale (1914-1919), certaines troupes tiraient intentionnellement par-dessus les têtes des ennemis, pour les manquer. Quand les soldats se sont rendus compte qu’ils rencontraient les mêmes adversaires, la faveur a été rendue, et le fiasco s’est vite transformé en une symphonie de balles tirées vers le ciel. (Quand les dirigeants ont découvert ce jeu-jeu, ils ont commencé à changer les troupes de place, et les cadavres ont recommencé à s’empiler);
  • On a développé les stéréotypes parce que souvent, une décision sociale doit être faite rapidement, et il a été démontré que les stéréotypes basés sur l’expérience personnelle (versus ceux qu’on se forme suite à des ouïe dires) sont la plupart du temps corrects;
  • Le système visuel ne reproduit pas ce qui se retrouve dans l’environnement, puisque ceci ne serait pas adaptatif. Nous regretterions de conclure à des lignes jaunes et noires disparates plutôt qu’à un tigre partiellement caché derrière de l’herbe haute;
  • Les coûts qui viennent avec un gros cerveau sont les suivants : il consomme 20% de l’énergie du corps alors qu’il ne représente que 3% de la masse corporelle; la grosseur de la tête rend la mort par fracture du cou beaucoup plus fréquente que chez les autres primates; plus d’enfants et de mères meurent lors de l’accouchement que chez les autres primates;
  • Nous sommes DE LOIN meilleurs pour travailler avec des fréquences qu’avec des probabilités (pour une raison évolutionniste un peu compliquée…). Les animaux sont eux aussi habiles à utiliser l’information basée sur des fréquences d’occurrence;
  • Nous sommes meilleurs pour vérifier si telle règle logique a été respectée ou pas dans une situation où il s’agit de détecter des abuseurs (des personnes qui ne respectent pas les contrats sociaux; des cheaters), ainsi que dans une situation qui met en scène l’évitement de stimuli contaminés (exemple, tirer des conclusions sur des énoncés si on donne la règle « if you clean up spilled blood, then you must wear rubber gloves »). Le raisonnement logique est en quelque sorte facilité dans ces deux cas-là;
  • Les humains préfèrent les choix où les probabilités de succès sont connues, quelles qu’elles soient.

dimanche 14 décembre 2008

Psychologie: la régulation des émotions et le mindfulness

La régulation des émotions concerne la façon dont on gère les émotions que nous vivons, leur intensité et leur expression. Nous pouvons réguler nos émotions en 2 temps différents: (1) avant même qu'elles arrivent; (2) une fois que nous les vivons.

Avant qu'elles arrivent

Quatre possibilités s'offrent à nous:
  1. la sélection de la situation: éviter de parler avec quelqu'un qui est très stressant avant les examens; éviter une situation qui va nous rendre triste; choisir de joindre des amis pour vivre des émotions positives; etc.
  2. la modification de la situation: par exemple, si nous sommes confrontés à un problème qu'on ne peut éviter, on peut chercher des informations et essayer de le solutionner;
  3. le déploiement de l'attention: on se concentre intensément sur quelque chose d'autre, pour oublier; on rumine (ce qui augmente l'effet de l'émotion négative); ou bien on se distrait, par exemple en jouant aux échecs (!!!!!! :D)
  4. le changement des cognitions: on peut réinterpréter une situation pour éviter certaines émotions, par exemple, on peut voir une fin de session essoufflante (CHIENNE DE VIE) comme un défi plutôt qu'une menace.

Une fois que l'émotion est installée

Une seule possibilité s'offre à nous: la modulation de l'émotion. Nous pouvons moduler 2 aspects de l'émotion, c'est-à-dire:

  1. le comportement: on évite d'exprimer notre colère, joie, tristesse, etc.;
  2. la physiologie: on fait de la relaxation, du yoga, n'importe quoi qui donne l'air gai.

Le mindfulness

Le mindfulness, c'est en quelque sorte le contraire de la régulation des émotions: c'est la conscience et l'acceptation de nos émotions. On regarde objectivement nos émotions, on se concentre sur elles, sans les juger (par exemple, on accepte d'être en colère). Certaines études démontrent un lien entre le mindfulness et le bien-être psychologique... mais il serait étonnant qu'il n'y ait pas de lien entre le bien-être et la régulation des émotions! (comment être heureux et bien intégré socialement quand on explose de colère devant tout le monde aussitôt que nous sommes le moindrement choqués? ceci est toutefois un exemple théorique pour moi: je n'ai jamais vraiment vécu la colère... certains vont même jusqu'à dire que je suis parfait; sans leur donner raison, je ne nie rien).

dimanche 7 décembre 2008

Psychologie: Petism

Vous savez ce qu'est le DSM? C'est le Diagnostic and Statistical Manual [of Mental Disorders]. C'est un manuel qui catégorise tous les troubles psychiatriques, avec les symptômes typiques, et les critères pour dire si tel patient est atteint de ce trouble-là ou non.

C'est produit aux États-Unis. Les troubles sont donc typiquement Nord-Américains. Sauf qu'en annexe, on retrouve une liste de culture-bound syndroms, c'est-à-dire des troubles que l'on retrouve dans d'autres pays et qui ne sont pas populaires aux États-Unis. Par exemple, il y a la neurasthénie, qui est un trouble qu'on retrouve en orient et qui ressemble à la dépression, sauf que les symptômes, plutôt que d'être psychologiques (déprime, avolition -- le manque de volonté, anhédonie -- le manque de plaisir, etc.), ils sont majoritairement physiques (fatigue, etc.).

Certains auteurs ont proposé d'ajouter dans cette liste de troubles spécifiques à certaines cultures des troubles typiquement occidentaux: anorexie mentale, boulimie, obésité, etc. Récemment, une nouvelle proposition (sous forme mi-humoristique) a été faite: le petism.

Qu'est-ce que le petism? C'est l'amour exagéré pour son animal domestique. Dormir avec lui, lui donner des becs sur la bouche, etc. Bien sûr, il va falloir attendre longtemps avant que ça devienne un véritable trouble psychiatrique (entre autres parce que ça fait partie de la norme ici). Mais bref... vous y penserez la prochaine fois que vous raconterez un conte pour enfants à votre iguane.

P.S.: Dans les pays asiatiques, particulièrement le Japon, il existe un trouble psychiatrique qu'on nomme le Koro. C'est très très simple en fait... c'est la peur excessive que le pénis se rétracte à l'intérieur du corps. Il y a des épidémies de Koro aussi! (Wikipédia)

P.P.S.: Dans un tout autre ordre d'idées, parlons suicide. Aux États-Unis, la méthode #1 de suicide est l'arme à feu, puisque celles-ci sont allègrement accessibles. Certains suicidaires appellent à un centre d'appels pour suicidaires (lol... vous remercierez plus tard pour cette phrase), un peu comme ici avec Suicide Action Montréal. Quand quelqu'un dit qu'il s'apprête à se suicider avec une arme à feu, un policier est envoyé sur les lieux, arme au poing. Et une ou deux fois par mois, puisque le suicidaire tremble ou manie mal son arme ou quelque chose du genre, il est tué par le policier.

dimanche 30 novembre 2008

Psychologie: Pêle-mêle

Ce soir les jeunes, plutôt que de discuter d'un sujet qui ne me vient pas, je vais plutôt lancer une série de faits, certains plus intéressants que d'autres, pour certains plus que d'autres (lol.. pensez-y).
  • Dans le cerveau de quelqu'un qui parle plusieurs langues, ce sont des aires différentes qui gèrent les différentes langues;
  • Il y a beaucoup plus de sportifs qui sourient après avoir gagné une médaille de bronze qu'une médaille d'argent;
  • Chez des lésés de la moelle épinière, plus la lésion est haute (près du cou), moins leurs émotions sont intenses;
  • Comme on pourrait le penser en allant au Casino de Montréal, il y a effectivement plus d'Asiatiques qui souffrent de dépendance au jeu (p.ex., gambling);
  • 10% de la population québécoise souffrent d'acouphènes;
  • Tenez pendant 5 minutes votre crayon entre vos dents sans que vos lèvres se touchent et vous serez plus heureux par après;
  • La Schadenfreude est une émotion typiquement allemande qui correspond à ressentir de la joie quand quelqu'un souffre un peu (par exemple, quand Philippe aime que je me pète les orteils partout; à distinguer du sadisme);
  • Si on présente à des hommes adultes 10 photos pornographiques, et qu'on leur dit par la suite que leur fréquence cardiaque a augmenté ou diminué (sans importance) lors de la présentation des photos #3, 7 et 8, ces hommes vont systématiquement préférer les photos 3, 7 et 8;
  • Si on déforme votre oreille, ça va prendre au moins un mois avant que vous puissiez de nouveau dire si les sons viennent d'en haut ou d'en bas;
  • Quoique sensibles, les organes génitaux ne peuvent distinguer aussi facilement que les doigts 2 points très rapprochés d'un seul point; en ce sens, on ne peut les utiliser pour lire le Braille.

dimanche 23 novembre 2008

Psychologie: théories implicites de l'intelligence

Le titre est bien beau, bien le fun, bien intéressant, oui. C'est pourtant si simple ce que ça veut dire; et étant donné les gros concepts qui se brassent dans le titre, certains pourraient en fait être déçu par l'article même. Si je le pouvais, je ne mettrais que le titre. Mais ce n'est pas comme un email... "Souhaitez-vous publier votre article sans texte dans le corps du message?"

Une théorie implicite est la théorie qu'élabore une personne sur un sujet donné, i.e. l'idée que la personne se fait d'une chose. Par exemple, la plupart des gens ont une théorie implicite des causes de la grippe: "c'est à cause que t'as eu froid :)", "c'est un virus qui t'attaque, T'ATTAQUE". Un exemple d'une théorie implicite de la beauté incommensurable de la vie: "la vie c'est comme un sphincter, c'est le fun jusqu'à ce que tu perdes le contrôle" (Philippe, 2008).

Les théories implicites de l'intelligence s'intéressent à la façon qu'ont les gens de conceptualiser l'intelligence, et plus particulièrement l'évolution possible ou impossible de l'intelligence. Certaines personnes pensent que l'intelligence est stable et innée, qu'on ne peut rien y changer; on dit de ces personnes qu'elles ont une théorie d'entité de l'intelligence (entity theory). D'autres au contraire pensent qu'on peut améliorer nos habiletés avec l'effort et la pratique; ces personnes ont une théorie incrémentale de l'intelligence (incremental theory).

Ceci a des implications (mais très peu... on s'entend). Par exemple, dans une étude faite en Chine, lors d'un échec à un examen essentiel à l'obtention d'un diplôme beaucoup plus d'étudiants ayant une théorie incrémentale de l'intelligence se sont présentés aux cours de rattrapage offerts par l'établissement; très peu de ceux qui ont échoué et qui avaient une théorie d'entité de l'intelligence y ont été.

Ça clos le sujet pour les théories implicites de l'intelligence. Court, sec, peut-être même amer un peu. Bravo Pat.

Je voudrais aussi vous parler d'une critique fort intéressante que j'ai lue récemment, adressée à plusieurs chercheurs. Ça montre à quel point on ne peut dissocier le chercheur de ses recherches, i.e. le facteur humain de la Science avec un grand S. Dans l'article, l'auteur parle du fait que plusieurs, plusieurs, plusieurs chercheurs ont proposé que le comportement humain n'était peut-être pas contrôlé par les mêmes principes que le comportement des animaux. En outre, quand on offre deux choix à un rat, pigeon, etc., qui amèneront plus ou moins de la nourriture, ces animaux sont plus sensibles que les humains aux différences entre les choix, i.e. ils détectent mieux les différences et ajustent donc mieux leurs choix. On a la plupart du temps attribué ces différences à la capacité de verbalisation des humains: on se dit que tel choix entraîne telle chose, et quand ça change, on ne s'en rend pas vraiment compte.

Ce que l'auteur de l'article amène comme point est intéressant. Quand des chercheurs ont découvert que des vaches (!) étaient aussi insensibles aux changements que les humains, personne n'a pensé proposer que le comportement des vaches était contrôlé par des principes différents de ceux des autres animaux.

Ah... on aime penser qu'on est ben beaux pis ben fins.